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Le spin

Une toupie-boussole minuscule et indestructible

En une phrase : le spin, c'est comme si chaque particule portait une toupie-boussole minuscule et indestructible. On ne peut jamais la regarder tourner, mais on sait lire sa direction et la faire basculer, et c'est cela qui fait fonctionner l'IRM, les disques durs, les aimants et la chimie.

À quoi ça sert concrètement

C'est là que l'analogie de la boussole devient très utile, car presque toutes les applications utilisent le spin comme un minuscule aimant qu'on peut orienter et lire.

Infographie : chaque particule porte une toupie-boussole minuscule et indestructible, ce qui fait fonctionner l'IRM, les disques durs (damier de spins haut et bas), les aimants (spins alignés le long des lignes de champ) et la chimie (paires de spins opposés).
La toupie-boussole et ses quatre grands usages. Agrandir

Une toupie qui serait aussi une boussole

Le spin, c'est donc en première approximation une toupie qui serait en même temps une aiguille de boussole. Cette double nature (moment cinétique + aimant) explique presque tout ce qu'on en fait.

Il existe d'ailleurs un comportement de toupie très réel. Placé dans un champ magnétique, le spin ne s'aligne pas immédiatement. Son axe tourne autour de la direction du champ, exactement comme une toupie penchée dont l'axe décrit un cône avant de tomber. C'est la précession de Larmor.

Le spin I précesse autour du champ magnétique B₀ à la vitesse angulaire ω.
Le spin I tourne autour du champ B0.
Un proton H⁺ dont le spin est vertical ; une fois le champ magnétique appliqué, son axe décrit un cône : c'est la précession.
Sans champ, puis avec champ magnétique appliqué : la précession.

Définition

Le spin est le moment cinétique intrinsèque d'une particule : une propriété qui lui appartient en propre, au même titre que sa masse ou sa charge électrique. Il ne dépend pas de son mouvement dans l'espace.

Malgré son nom (to spin = tourner sur soi-même), le spin n'est pas une vraie rotation. Un électron est ponctuel : il n'a pas de surface qui pourrait tourner. Le spin est une grandeur purement quantique, sans équivalent exact dans le monde classique.

Ses caractéristiques essentielles :

On représente souvent le spin par une flèche qui pointe vers le haut ou vers le bas :

Les deux directions du spin de l'électron, spin up et spin down : l'électron se comporte comme un minuscule barreau aimanté, aligné avec le champ magnétique ou contre lui.
Spin up et spin down : l'électron comme un minuscule barreau aimanté.
(a) Superposition d'états : |ψ⟩ = a|0⟩ + b|1⟩ sur la sphère de Bloch. (b) Une porte de Hadamard envoie |0⟩ vers (|0⟩ + |1⟩)/√2 et |1⟩ vers (|0⟩ − |1⟩)/√2.
(a) Superposition d'états. (b) Effet d'une porte de Hadamard sur un qubit.
Sphère de Bloch : une composante de spin pointe dans une direction ; l'ensemble des directions possibles forme une sphère.
La sphère de Bloch.
Sphère de Bloch avec |0⟩ au pôle nord, |1⟩ au pôle sud, les angles θ et φ, et l'état |ψ⟩ = cos(θ/2)|0⟩ + e^{iφ} sin(θ/2)|1⟩.
|ψ⟩ = cos(θ/2) |0⟩ + eiφ sin(θ/2) |1⟩ : tout point de la sphère est un état possible.

Exemple de l'électron

L'électron n'a que deux états fondamentaux mesurables : Spin Up et Spin Down.

La superposition n'est pas un troisième état fixe ou permanent. C'est plutôt un état de « mélange » ou d'attente : tant qu'on ne mesure pas l'électron, sa fonction d'onde combine les deux possibilités à la fois (il n'est ni vraiment en haut, ni vraiment en bas).

Pour se représenter les choses :

L'électron peut donc se trouver dans un état de superposition avant la mesure, mais le résultat final se soldera toujours par l'un des deux états fondamentaux.

Deux précisions pour compléter ce texte

  1. « Up » et « down » dépendent de l'axe de mesure choisi. Un électron mesuré « up » selon l'axe vertical, puis mesuré selon un axe horizontal, donnera « gauche » ou « droite » avec 50 % de chances chacun. Sur la sphère de Bloch, une superposition est simplement une flèche qui pointe dans une autre direction.
  2. L'analogie de la pièce a une limite. La pièce en l'air a en réalité déjà un résultat déterminé ; nous ne le connaissons simplement pas. Une superposition quantique est différente, car les deux possibilités peuvent interférer entre elles. C'est cette interférence que l'informatique quantique exploite. L'analogie aide bien à comprendre le rôle de la mesure, mais pas la nature de la superposition elle-même.

Pour aller plus loin

En théorie, les règles de la mécanique quantique autorisent toute valeur de la forme s = n/2, avec n un entier positif ou nul : 0, 1/2, 1, 3/2, 2, 5/2, 3, et ainsi de suite sans limite supérieure.

Pour les particules élémentaires connues, la liste est courte :

SpinParticulesStatut
0boson de Higgsobservé
1/2électron, quarks, neutrinos…observés
1photon, gluons, bosons W et Zobservés
3/2gravitinohypothétique
2gravitonhypothétique

La théorie donne de bonnes raisons de penser qu'au-delà du spin 2, une particule élémentaire ne peut pas interagir de façon cohérente avec le reste de la physique. En pratique, la liste s'arrête donc là.

Les objets composés peuvent avoir des spins plus grands. Leur spin est la somme de ceux de leurs constituants et de leurs mouvements internes :

Ce qu'on mesure en pratique. Une particule de spin s donne exactement 2s + 1 résultats possibles quand on mesure son spin selon un axe. On retrouve l'électron : s = 1/2, donc 2 résultats (up et down). Une particule de spin 1 en a 3, une de spin 3/2 en a 4, et ainsi de suite. La toupie-boussole n'a donc deux positions que dans le cas du spin 1/2.